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Les conséquences du développement de l'IA sur l'assurance


27/07/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

Les conséquences du développement de l'IA sur l'assurance - David GIBLAS

Article de David GIBLAS, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

Dans un contexte de mutations profondes sur les plans technologiques, démographiques, économiques, sociales ou encore sociétales, les besoins en matière de protection et de développement du capital humain se transforment.  On peut penser que le rythme et l’intensité de ces transformations vont s’accélérer, nous conduisant à repenser en profondeur notre métier d’assureur santé - prévoyance. Les avancées technologiques, l’Intelligence Artificielle, la croissance exponentielle des données et de la capacité de leur traitement vont nous permettre de répondre voire d’anticiper les attentes de nos clients entreprises, dirigeants, actifs et retraités, de façon totalement différente, plus personnalisée et de saisir des opportunités.

Projetons-nous en 2030. Que sera être assuré à cet horizon à la fois proche et lointain ?

Des mutations profondes, générant de nouveaux besoins

De nombreux facteurs amènent les assurés à rester en activité jusqu’à 65 ans, voire au-delà : démarrage de l’activité professionnelle plus tardive, allongement de la vie professionnelle pour combler le déficit de nos régimes de retraite mais aussi prendre en compte l’amélioration de l’espérance de vie en bonne santé, besoins financiers nouveaux comme celui de la prise en charge de parents en perte d’autonomie.

De nouvelles formes de travail se développent. Près de 25 % des salariés télétravaillent déjà(1) de manière contractuelle ou non. Les tiers lieux se développent et attirent de plus en plus d’actifs en recherche d’une meilleure qualité de vie.
Les actifs expérimentent plusieurs statuts au cours de leur carrière, parfois même simultanément : salariat, free-lance, sous-traitance, travail à l’étranger, etc. Le développement de l’Intelligence Artificielle conduit à la disparition de certains métiers existants au développement de nouveaux autres. Tous les métiers connaissent des transformations.

De nouveaux risques émergent ou se renforcent : ceux liés au vieillissement de la population active, les risques psycho-sociaux liés aux nouvelles formes de travail, à la digitalisation et la robotisation du travail qui nous font perdre en autonomie, les risques liés aux changements climatiques…

D’autres risques, en revanche, reculent : certains risques d’accident du travail, avec l’automatisation et la robotisation, les risques d’accidents sur le trajet domicile / travail avec le développement du télétravail et des transports autonomes…

Le progrès technologique, les attentes des individus concourent à une gestion plus individuelle des risques notamment en matière de santé mais aussi des droits sociaux. C’est le cas du CPA (Compte Personnel d’Activité).

La médecine personnalisée, préventive voire prédictive se développe. Le décodage ADN, le suivi du comportement (alimentation, sommeil…) via les objets connectés, l’accès plus facile et démocratisé aux informations de santé, une plus forte autonomisation des patients face aux professionnels, permettent un fort développement de la prévention.  

Les protocoles médicaux s’améliorent, de nouvelles molécules sont découvertes, la recherche génomique a fortement évolué et tout cela a contribué à l’allongement d’espérance de vie qui s’approche dorénavant des 95 ans.

La santé est et restera un enjeu clé, celui d’une vie dont on veut et peut profiter pleinement.

Des progrès tirés par l’usage de la technologie et de la data

Depuis quelques années déjà, nous assistons à une croissance exponentielle des données et de la capacité de leur traitement. En 2030, ces capacités sont bien supérieures à celles d’aujourd’hui en volume, en variété et en rapidité. Chaque individu produit un volume accru de data personnelles qu’il pilote dans son espace privé avec son consentement pour les utilisations souhaitées : via son téléphone, son équipement personnel, celui de sa maison, de sa voiture… Il est connecté en permanence à des espaces publics et privés qui enregistrent les données de son activité. Il est « suivi » de manière quasi continue dans tous ses moments de vie et enrichit son espace personnel avec son dossier médical numérique.

Data et technologies permettent la création de nouveaux services pour accompagner l’évolution des besoins. En particulier des services pour s’informer, prédire, comparer et décider, tant dans les domaines de la santé (prévention, coaching, comparaison et avis, conseils, information) que dans celui de la formation et de la carrière professionnelle (formations, certification, coaching professionnel, opportunités de développement, etc.). La gestion de la santé au travail est facilitée : les data permettent notamment de mieux objectiver le ressenti des salariés, de mieux mesurer le niveau de risque des assurés dans leurs différents contextes professionnels, et de s’y adapter.

L’essor de l’Intelligence Artificielle permet d’améliorer la pertinence et la personnalisation des informations issues des données ou encore simplifier leur accès. De nouvelles applications d’accompagnement et des services personnalisés peuvent être activés automatiquement au travers de parcours de santé longitudinaux tant dans l’environnement professionnel que personnel.

Si les individus ne sont pas contre la communication de leurs données personnelles après consentement, ils deviennent plus exigeants sur les bénéfices à en tirer (faciliter leurs achats, avoir un meilleur suivi de santé etc.) et veulent pouvoir se déconnecter, limiter l’accès à certaines données selon les usages, s’extraire du système.

Grâce aux possibilités prédictives du traitement des données de santé, les assurés bénéficient d’un suivi, de conseils et de traitements personnalisés. Le dossier médical patient s’est généralisé permettant un partage en temps réel de l’information et une meilleure traçabilité des expositions et facteurs de risques.

Plus que jamais, l’humain est clé pour construire le présent et le futur avec ces technologies, pour bénéficier pleinement des progrès technologiques dans une logique de renforcement des capacités et non de substitution.

Des défis majeurs

Comment concilier la tendance de fond à l’individualisation avec une vision nécessairement collective du financement des régimes de protection sociale auxquels ils sont attachés ?

Comment accompagner les individus tout au long de leur vie, leur donner la capacité de jouir pleinement de leurs droits ?

Comment agir efficacement sur les risques pour en réduire le risque de survenue et l’impact ?

Comment faire en sorte que les progrès technologiques et médicaux bénéficient à tous ?

Comment éviter que les innovations ne bénéficient qu’à un petit nombre et n’accroissent les inégalités et les risques d’exclusion ?

Comment garantir l’équité de traitement, la transparence et l’explicabilité des algorithmes d’IA ?

Comment redonner la main aux individus dans la gestion de leurs données personnelles ?

Etre assuré en 2030, ce sera…

Etre assuré en 2030, ce sera bénéficier d’une protection globale (financière et de services) personnalisée et adaptable tout au long de la vie, en réponse aux nouveaux risques.

Etre assuré en 2030, ce sera bénéficier d’un accès aux soins quelle que soit sa situation.  

Etre assuré en 2030, ce sera être accompagné de manière proactive dans tous ses moments de vie, personnels et professionnels pour toujours mieux protéger et développer le capital humain.  

Etre assuré en 2030, ce sera suivre des parcours de santé, prédéfinis à partir de l’IA, qui permettront de déployer une médicine préventive, prédictive et personnalisée.

Etre assuré en 2030, ce sera interagir de manière différente avec son assureur, participer à la construction des offres, bénéficier d’une expérience clients sans cesse renouvelée garantissant une relation de confiance dans la durée.

Etre assuré en 2030, ce sera enfin participer pleinement aux décisions concernant sa santé et ses choix d’assurance, agir en plus grande responsabilité.

Tout cela grâce à une utilisation intelligente, éthique et responsable des données et de la technologie, au service de l’humain.

(1) Source : étude du Comptoir MM de la Nouvelle Entreprise, novembre 2017.

 

 


Diplômé de Supélec, David GIBLAS débute sa carrière chez Axa en France et en Asie du Sud-Est, il intègre ensuite PwC puis IBM en tant, notamment, que responsable assurance pour l'Europe de l'Ouest. Après avoir créé une start-up technologique, David GIBLAS rejoint Capgemini Consulting de 2006 à 2013 en tant que vice-président et responsable des activités financial services en Asie. Depuis 2013, il est associé au sein de la Practice assurance du cabinet Oliver Wyman.
Davis GIBLAS rejoint Malakoff Médéric en 2017 en tant que directeur innovation, digital, data et des partenariats santé.