logo
image3

La mobilité en 2030 grâce aux véhicules autonomes


21/09/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

La mobilité en 2030 grâce aux véhicules autonomes - José TRIANO

Article de José TRIANO, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

 

Ceux qui travaillent dans l’innovation ont une vision. Cette vision est comme la cerise sur un gâteau qui est composé de différentes couches. D’habitude, nous ne connaissons pas la forme que le gâteau va avoir car ses couches peuvent avoir des formes, couleurs ou tailles que nous ne connaissons pas.

La cerise sur le gâteau pour nous qui travaillons avec des véhicules autonomes est un modèle de mobilité qui diffère beaucoup de ce que nous connaissons aujourd’hui. En revanche, nous ne sommes pas surs à 100% de la forme que notre gâteau va avoir car il y a beaucoup de couches qui sont en train d’être cuisinées : la couche loi, la réglementation, la technologie, les télécommunications, l’acceptation sociale… et aussi les assurances.

Notre vision, la cerise sur le gâteau, nous la voyons très clairement et sur cette cerise il y a écrit avec des grosses lettres : nous ne pouvons pas répéter les erreurs du passé.

Et quelles sont les erreurs du passé ? Basiquement deux d’entre elles émergent : l’inefficacité, et la dangerosité de notre système de mobilité actuel.

Commençons par la dangerosité : Imaginez un Airbus A380, un des plus grands avions dans le monde. Imaginez qu’il y ait 1 accident de ce type d’avion sans survivants toutes les 1 heures 05 minutes. C’est-à-dire, 22 accidents par jour, sans survivants. Ce qui représente 1 250 000 morts par an. Accepteriez-vous un système de mobilité qui provoque ces chiffres ? Eh bien, ça c’est notre système de mobilité actuel : 1 250 000 morts/an en moyenne. A cela il faut ajouter 50 millions de blessés par an.

Continuons par l’inefficacité de notre modèle de mobilité actuel. Nous avons 2 grands systèmes de mobilités, basés sur qui est propriétaire du véhicule : le transport privé ou les transports en commun.

Le transport privé présente plusieurs inefficacités : Nous achetons des véhicules (nos voitures) qui sont sans usage 95% de leur vie utile, nous consacrons la plupart de la place de nos villes à la circulation de ces voitures, même si la plupart des résidents des villes ne se déplacent pas en voiture privée. En plus, nous provoquons des accidents (90% des accidents sont dus à une mauvaise prise de décision d’un humain) et nous sommes incapables de rouler d’une façon systématiquement structurée (ce qui provoque des bouchons et des pertes de capacité de transport dans les routes). Et ça pollue nos villes…

D’un autre côté, les transports en commun, même s’ils sont bien plus efficaces d’un point de vue capacité de transport, émissions et sécurité… ils sont rigides et incapables de s’adapter à la demande. Ils suivent une ligne fixe et des horaires fixes. Les autobus et les trains sont des véhicules à grande capacité dimensionnés pour transporter une quantité de voyageurs importante et qui roulent au 100% de leur capacité uniquement sur certains créneaux horaires et/ou certains kilomètres de leurs parcours.

Il est tout autant inefficace d’avoir des millions de voitures qui restent garées pendant les 95% de leur vie utile que d’avoir des trains ou autobus qui enregistrent une occupation moyenne de moins de 40% de leur capacité.

Les véhicules autonomes peuvent combiner le meilleur de chaque mode de transport : une grande flotte de véhicules en libre-service peut offrir des services de transport à la demande (sans horaire fixe) et porte à porte (sans suivre une ligne fixe). Ces véhicules peuvent être gérés de façon à maximiser les kilomètres parcourus avec des voyageurs (éviter les km à vide) et ils n’auront pas besoin de se garer (uniquement pour la recharge de leurs batteries et pour la maintenance).

Des simulations menées par l’International Transport Forum montrent comment une flotte de véhicules en mode partagé, peut atteindre les 100% de la demande de transport d’une ville moyenne avec uniquement les 10% de la flotte de voitures actuelle et sans avoir besoin de transport en commun en surface (autobus ni tramway).*Urban Mobility System Upgrade, International Transport Forum 2015.

Les véhicules autonomes sont censés être de meilleurs chauffeurs que les humains : pas de distractions, ni d’émotions négatives, alcool ni drogues… En plus, leur capacité à circuler d’une façon structurée (une sorte de chorégraphie entre eux) va permettre d’éviter la création de bouchons, ou d’en minimiser leur durée. Et ils ne seront pas réservés uniquement à ceux qui possèdent un permis de conduire : l’intégration sociale est un de leurs principaux atouts car enfants, personnes âgées et personnes à mobilité réduite pourront utiliser leurs services.

Mais pour arriver à ce scénario du futur, nous envisageons des changements importants qui vont bouleverser les modèles traditionnels de business des acteurs de la mobilité actuelle : les fabricants traditionnels d’automobiles s’apprêtent à offrir des services globaux de mobilité (opérer des flottes de véhicules et des services associés), les opérateurs traditionnels de transport en commun devront s’adapter à  l’arrivée de services de transport beaucoup plus attractifs que les leurs.

Et comment tout ça peut affecter le secteur des assurances véhicules ? À ce stade, on peut imaginer :

  • Une baisse du nombre de clients particuliers
  • Une augmentation des clients professionnels (gestionnaires des flottes).
  • Une baisse du nombre total de véhicules assurés mais qui vont avoir une durée de vie plus courte à cause de l’usage intensif du véhicule.
  • Une amélioration importante de voyageurs transportés par kilomètre parcouru.
  • Une augmentation d’assurances type transport en commun pour les voyageurs.
  • Une forte baisse de la sinistralité.

En gros, les compagnies d’assurance offriront des services à des gestionnaires de grosses flottes plutôt qu’à des particuliers propriétaires d’un seul véhicule. La baisse prévue de la sinistralité représentera des énormes économies pour les systèmes publiques de santé mais aussi pour les assureurs.

Mais en cette année 2018, il y a une préoccupation assez généralisée autour des véhicules autonomes : qui est le responsable en cas d’accident ? Il est assez commun d’entendre que les compagnies d’assurance ne veulent pas assurer ce type de véhicule en raison de cette question. La réalité est tout autre : nous pouvons assurer ces véhicules sans aucun problème en sachant qu’en tant que prototypes, ces véhicules ne sont pas couverts eux-mêmes mais qu’ils couvrent tout dommage qu’ils puissent provoquer.

Demain, quand la conduite autonome sera généralisée, le responsable de la prise de décision d’un véhicule sera le fabricant de ce qu’on appelle l’AD (Advanced Driving) ou intelligence embarquée. Les fabricants d’AD programment les véhicules pour garantir la sécurité de leurs voyageurs et de leur environnement.

Il y a un important fabricant de véhicules autonomes qui est en train de déployer une démonstration avec cent véhicules dans un pays nordique. Ce fabricant est tellement sûr de sa technologie qu’il assume la responsabilité sur n’importe quel accident que ses véhicules pourraient avoir quand ils rouleront en mode autonome, même si ce n’est pas de leur faute.

Revenons-en au gâteau qui est en train de se construire. Les démonstrations à petite ou moyenne échelle qui se réalisent aujourd’hui sont un manège aux yeux de certaines personnes mais ce n’est pas comme ça que les acteurs participant de ces expérimentations voient les choses. Chaque acteur représente une couche de ce gâteau. La construction de notre gâteau est urgente à cause du taux insoutenable d’accidents, la pollution, les embouteillages… et la collaboration entre tous va nous aider à créer un gâteau solide.    

Les compagnies du secteur des assurances, ont très bien compris les enjeux qu’il y a sur la table et d’une façon active collaborent dans les projets public-privés en forme de laboratoire d’innovation qui se déploient dans certains endroits de la géographie française. Ces démonstrations, parfois composées d’une ou deux petites navettes ou un petit nombre de taxis robotisés, nous permettent à tous d’apprendre et comprendre comment nous devons adapter nos business, nos produits et nos procédures internes à ce qui n’est plus le futur mais le présent : les véhicules autonomes.  

 


Titulaire d’un Master en Gestion de la Mobilité et Systèmes Ferroviaires, José TRIANO dirige les Opérations de la Direction de Systèmes de Transport Autonome au sein du Groupe Transdev. Son parcours professionnel a toujours été relié aux opérations de transport dans le ferroviaire et l’aviation.