logo
image3

La confiance, au coeur des défis de l'assurance de demain


11/09/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

La confiance, au coeur des défis de l'assurance de demain - Sanaa NOUIRI

Article de Sanaa NOUIRI, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

Comment sera l’assurance dans 30 ans ? A l’heure de l’automatisation, de la digitalisation et de l’intelligence artificielle, il n’est pas toujours facile de répondre à cette question.

Pour présager l’Assurance de 2048, les talents de « Madame Irma » (1) pour prédire un tel avenir seraient les bienvenus. Mais plus sérieusement, avouons-le, la question n’est pas aisée et ne doit pas être prise à la légère.

Si l’accélération des nouvelles technologies nous fascine, elle nous bouscule et appelle le secteur à se réorganiser. Peut-être parfois à en perdre le fil, regardons-le : aujourd’hui, il n’y a pas un secteur qui ne soit concerné par les nouvelles technologies. Amenée à revoir son business model, à se transformer et à innover, l’Assurance ne fait pas exception à cette règle.

Rappelons-le, si l’Assurance trouve son origine dans l’assurance maritime, apparue au XIIIème siècle pour sa forme la plus moderne, l’Assurance telle que nous la connaissons aujourd’hui est bien plus diversifiée et bien plus complexe à appréhender. De l’Assurance de personnes à l’Assurance de biens, les usages des assureurs seraient en pleine transformation d’après l’Institut des actuaires (2). L’affaire est donc urgente, mais encore faut-il pouvoir le faire.

C’est avec le désir de ramener les grands enjeux de la transformation numérique dans le champ de la réflexion qu’il importe à mon sens d’aborder ici le sujet dans sa globalité.

L’avènement de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle, l’interface de programmation (API), le Big Data et le traitement analytique, l’internet des objets (IoT), les machines intelligentes et l’intelligence artificielle (AI) associées aux nouvelles techniques, telles que la robotisation ou l’automatisation, la blockchain ou encore le webscraping, soulèvent des questions d’ordre sociologique et sociétal qui concernent la vie privée. Selon l’ouvrage d’Optimind Winter, intitulé « le Big Data dans l’assurance (3) », ces innovations technologiques constituent les défis de demain pour l’Assurance.

Parmi ces défis, il en est un qui est crucial et qui occupe désormais une place majeure dans l’économie de demain. Il s’agit de la relation client/assuré ou sociétaire.

En effet, si toutes les tendances et les innovations technologiques posent évidemment la question de la sécurité et de la confidentialité des données, il est certain que la Confiance sera au cœur des défis de l’Assurance de demain.

De nombreuses études montrent que les usagers, et notamment les usagers de services sur internet, exigent désormais des garanties solides de sécurité et de protection de leurs données personnelles. A titre d’exemple, on peut citer une récente étude menée en juin 2017 par l’Institut Mine-Télécom (IMT) qui montre que 91% des répondants souhaitent garder le contrôle de leurs données et 45% indiquent quant à eux, effectuer des réglages des paramètres de confidentialité.

En France, la loi Informatique et Libertés a défini les principes à respecter lors de la collecte, du traitement et de la conservation de données personnelles. La loi prévoit également un certain nombre de droits pour les personnes dont les données personnelles ont été recueillies.

Le respect des règles de protection des données à caractère personnel est un facteur de transparence et de confiance à l’égard des personnes concernées. Ces règles ont par ailleurs fait l’objet de récentes évolutions pour tenir compte de la nouvelle réglementation européenne en matière de protection des données à caractère personnel.

En effet, rappelons-le, « les nouvelles obligations issues du Règlement européen ont pour objectifs de susciter la confiance qui permettra à l'économie numérique de se développer dans l'ensemble du marché intérieur, d’assurer aux personnes physiques la maîtrise des données qu’ils communiquent les concernant et de garantir la sécurité juridique et la transparence aux opérateurs économiques, y compris les micro, petites et moyennes entreprises, aux personnes physiques et les autorités publiques » (4).

En d’autres termes, la confiance doit permettre de conquérir des parts de marché ou de ne pas les perdre au profit d’autres prestataires offrant une meilleure protection des données à caractère personnel. La question qui se pose alors est double. De quelle confiance s’agit-il pour l’Assurance dans 30 ans et quels leviers mettre en œuvre pour inspirer et pérenniser la confiance dans le temps ?

En réponse, il faut se référer au Règlement européen sur la protection des données à caractère personnel (5) qui instaure une logique de responsabilisation de tous les acteurs impliqués dans le traitement des données personnelles, dès lors qu’elles concernent des résidents européens, que ces acteurs soient ou non établis au sein de l’UE (6). Ainsi, le sous-traitant peut être tout aussi responsable que le responsable de traitement.

Si désormais de nouvelles obligations spécifiques s’imposent au sous-traitant (7) telles que l’obligation de transparence et de traçabilité, la prise en compte des principes de protection des données dès la conception et de protection des données par défaut, l’obligation de garantir la sécurité des données traitées, etc. (8), il n’en reste pas moins que le respect de ces obligations va devenir dans les prochaines années un enjeu majeur dans la relation d’affaires entre donneur d’ordre et sous-traitant, et l’on peut prédire des transformations de notre modèle économique tant la sous-traitance implique un engagement fort, fondé sur la notion de confiance et qui peut avoir des conséquences irréversibles pour les entreprises, donneurs d’ordre, comme sous-traitantes.

En d’autres termes, il n’y a pas de défis technologiques en Assurance sans préoccupation du client/assuré ou sociétaire et de la place accordée à la Confiance : Confiance des clients/assurés ou sociétaires, Confiance des donneurs d’ordre et Confiance des autorités de contrôle.

Pour terminer et répondre ainsi pleinement à la question : Pour les acteurs de l’Assurance, la mise en conformité est une occasion de redonner confiance aux tiers (partenaires, clients, assurés, …). En effet, si aujourd’hui, le projet de mise en conformité du Règlement européen sur la protection des données personnelles apparaît comme une source de contraintes, tant les impacts sont nombreux pour l’entreprise, il n’en reste pas moins un levier de transformation technologique et organisationnelle, un moyen de repenser sa stratégie pour mieux se positionner et un gage de confiance certain tant les attentes sont fortes, de l’Autorité de contrôle comme du client/assuré ou sociétaire.

 

(1)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_Irma_(film)

(2)

https://www.lepetitjuriste.fr/droit-des-assurances/compagnies-dassurance-revolution-numerique-vers-fin-modele-traditionnel-de-lassurance-automobile/

(3)

https://www.lgdj.fr/le-big-data-dans-l-assurance-9782354741860.html

(4)

Considérant 13 du règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du conseil du 27 avril 2016

(5)

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32016R0679

(6)

Le considérant 13 du règlement européen rappelle en effet que l’adoption d’un « règlement est nécessaire pour garantir la sécurité juridique et la transparence aux opérateurs économiques (…), pour offrir aux personnes physiques dans tous les Etats membres un même niveau de droits opposables et d’obligations et de responsabilités pour les responsables du traitement et les sous-traitants ».

(7)

Article 28 du RGPD

(8)

rgpd-guide_sous-traitant-cnil.pdf

 


Sanaa NOUIRI est juriste et Manager au sein de l’équipe Risk management d’Optimind Winter.

Sanaa NOUIRI est juriste en droit des affaires et diplômée en stratégie d’entreprise, elle met en œuvre ses connaissances en droit, en management et en gestion de projets pour accompagner, depuis plus de 10 ans, les grands groupes de tout secteur d’activité dans leur projet d’organisation, de transformation et de mise en conformité réglementaire. Sanaa NOUIRI maîtrise également les aspects liés à l’innovation et aux nouvelles technologies, notamment en matière de gestion des Risques associés.