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L'intelligence artificielle, meilleure ennemie de l'assurance ?


02/09/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

L’intelligence artificielle, meilleure ennemie de l’assurance ? - Jean-Pierre DIAZ et Alexandra LANGE

Article de Jean-Pierre DIAZ et Alexandra LANGE, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

 

Malgré les progrès de l’intelligence artificielle, l’assurance a encore de beaux jours devant elle. A condition de se prémunir contre les dérives d’une exploitation abusive des données personnelles et d’une individualisation du risque, incompatible avec le principe de solidarité.

En 2030, l’intelligence artificielle aura-t-elle eu raison de l’assurance ? Sera-t-il encore nécessaire d’assurer sa voiture lorsque tous les capteurs qui équiperont demain nos véhicules permettront d’éviter les accidents ? Les assurances habitation seront-elles encore utiles quand les détecteurs de fumées, de fuites et de mouvements rendront les incendies, dégâts des eaux et cambriolages impossible ? Enfin, la médecine prédictive ne va-t-elle pas remettre en cause à plus ou moins long terme la pertinence des couvertures santé et prévoyance ? Très récemment, des chercheurs de l’Université de Stanford, aux Etats-Unis, ont développé un algorithme capable de prédire, avec exactitude dans 90 % des cas, la date de mort de patients en fin de vie, atteints de maladies incurables. Si l’usage de telles prédictions devenait la norme, il n’est pas certain que les assureurs se bousculent pour assurer « à perte » des personnes dont on saura que l’espérance de vie ne dépasse pas quelques mois. Pire : dans un contexte de hausse continue des dépenses de santé et de restriction budgétaire, les pouvoirs publics ne seront-ils pas tentés de renoncer même à les soigner ?

Ces scénarios que les progrès technologiques nous font entrevoir ne sont, pour l’heure, que de la science-fiction. N’en déplaise aux apprentis sorciers et à la société, qui manifeste de plus en plus son aversion au risque, on ne pourra pas tout prévoir, pas plus en 2030 qu’aujourd’hui. L’assurance sera donc encore utile et nécessaire, parce que le risque zéro n’existe pas. La plupart des catastrophes naturelles reste imprévisible et nous sommes bien incapables de prévoir le temps qu’il fera au-delà de 48 heures. Nous avons beau maîtriser les lois de la physique, nous ne savons pas expliquer la forme des nuages. Nous réussissons aujourd’hui à soigner parfaitement nombre de maladies autrefois mortelles, mais l’effet placebo demeure un mystère. L’aléa est inhérent à Dame Nature comme à la condition humaine. C’est une bonne nouvelle pour les assureurs et plus largement pour tous ceux qui se soucient d’éthique.

L’intelligence artificielle et le Big Data ouvrent, en effet, un champ immense de connaissance intime du client. L’exploitation débridée de toutes ces données et l’intrusion massive dans la vie privée via les objets connectés, peuvent conduire, si l’on n’y prend garde, à une individualisation du risque poussée à l’extrême. Chacun pourra ainsi prétendre à une couverture sur mesure, avec des garanties personnalisées et tarifées selon l’évaluation très précise de ses propres risques. Cette conception d’une assurance « haute couture » est-elle souhaitable ? Je ne le pense pas, car elle met à mal le principe de solidarité et produit fatalement de l’exclusion. A quantifier trop finement le risque, on s’oriente vers une assurance hors de portée des populations les plus exposées. Certains argumenteront qu’il revient à l’État d’organiser la solidarité et que les assureurs obéissent à la loi du marché. Ce n’est pas la philosophie d’AG2R LA MONDIALE qui met en œuvre, via les accords de branches, des solidarités professionnelles au sein des entreprises. Bien qu’affaiblie sous l’effet de la disparition des clauses de désignation, cette solidarité est encore contrainte par un arsenal juridique et fiscal qui la protège et c’est heureux. L’assurance collective en santé et prévoyance permet de protéger un groupe dans son ensemble et non une collection d’individus, sans distinction d’âge, de sexe ou de comportement. C’est un modèle qui comprend intrinsèquement des garde-fous à l’hyper segmentation et à ses potentielles dérives.
                
Est-ce à dire que les assureurs doivent s’interdire toute exploitation des données personnelles ? Evidemment, non. Si AG2R LA MONDIALE a fait le choix de ne pas s’engager dans cette voie en matière d’assurance, le Groupe tire parti du Big Data pour innover dans le domaine des services. Cette segmentation, sans intrusion, permet d’apporter à nos différents profils d’assurés des services personnalisés, en phase avec leurs attentes et leurs modes de vie. Ce sont, par exemple, la téléconsultation, proposée désormais dans nos contrats santé, l’assistance et l’accompagnement en cas d’hospitalisation ou encore la prévention, dont le premier bénéfice est justement de contribuer à diminuer le risque. Toutefois, là encore, l’éthique commanderait de fixer des limites à l’exploitation des données issues de l’utilisation de ces services.

Consciente des dérives que recèlent les évolutions technologiques, l’Europe s’est justement dotée d’un nouveau Règlement Général sur la Protection des Données Personnelles (RGPD), applicable le 25 mai prochain. Ce texte renforce notamment les droits des individus et sanctionne lourdement les contrevenants. Il faut se réjouir que l’Europe sanctuarise ainsi les données personnelles, mais sera-t-elle en capacité de maintenir ces mesures drastiques si les Etats-Unis et l’Asie ne se mettent pas au diapason ? Saura-t-elle résister à la tentation d’ouvrir des brèches dans la protection des données lorsque l’économie de ses pays membres ne pourra plus supporter l’inflation des dépenses de santé et des coûts de traitement ? Pour éviter le pire demain, nous devons nous poser les bonnes questions aujourd’hui. C’est tout le sens de la nouvelle signature d’AG2R LA MONDIALE qui, après « Le contraire de seul au monde » a choisi de « Prendre la main sur demain ». Pour un Groupe comme le nôtre, pétri des valeurs de l’économie sociale, notre rôle ne se limite pas à fournir de l’assurance ; c’est aussi d’aider nos clients à garder une part de responsabilité et de liberté.

 


Jean-Pierre DIAZ  : Jean-Pierre DIAZ occupe entre 2002 et 2008 le poste Directeur vie et capitalisation à la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA), et de 2008 à 2014 le poste de Directeur Technique de BNP Parisbas Cardif pour la France.
Auparavant, Jean-Pierre DIAZ exerce plusieurs fonctions au sein du Bureau Commun d’Assurances Collectives (BCAC) avant de se voir confier la direction du BCAC en 1997.
Jean-Pierre DIAZ occupe le poste de Directeur Assurances Santé Prévoyance, au sein d’AG2R LA MONDIALE, depuis septembre 2014.

 

Alexandra LANGE : Après avoir accompagné pendant quinze ans des entreprises et des collectivités publiques dans la conduite de leur transformation et l'accompagnement de leurs managers, Alexandra LANGE a intégré le Groupe AG2R LA MONDIALE en 2010 en tant que Directrice de la Formation, avant de prendre la responsabilité de l'ensemble des activités de développement des ressources humaines.