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L'assurance des origines à... 2030


23/07/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

L'assurance des origines à... 2030 - Patrick DIXNEUF

Article de Patrick DIXNEUF, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

 

L’assurance apparaît chez les grecs et chez les romains, puis en Europe, au XIVème siècle, à l’époque de l’essor du commerce maritime : les « prêts à la grosse aventure » ou « nautika ». C’est pourtant Londres qui sera le véritable berceau de l’assurance. Le grand incendie, en 1666, pousse le docteur Nicholas Barbon à créer le « Fire Office ». En 1685, Edward LLOYD ouvre un café sur Tower Street. Il sera fréquenté par des armateurs qui inscrivent sur un tableau les navires et les cargaisons et des hommes d’affaires qui y « souscrivent » leur acceptation du risque.

L’assurance moderne était née…

Pourquoi alors, avec une histoire de plus de 350 ans, se poser la question de l’assurance en 2030, c’est-à-dire dans seulement 12 ans ?

Tout simplement parce que l’assurance est un miroir de notre société, en transformation rapide et soumise à des pressions contradictoires. Si le besoin d’assurance ne fait pas de doute, ce qu’il sera en 2030 n’est donc pas une question simple.

Revenons quelques instants dans le café d’Edward LLOYD. On y comprend immédiatement les deux « pierres de touche » de l’assurance : la vision d’un ensemble large de navires partant à la conquête du monde ; l’indemnisation des « fortunes de mer », pas celle des voiles déchirées.

Ces principes de mutualisation des risques et d’indemnisation des évènements importants demeurent inchangés malgré les nombreuses évolutions que l’assurance a pu connaître. Ces évolutions d’ailleurs peuvent s’analyser de manière assez simple en quatre grandes catégories :

•    L’émergence de nouveaux risques ;

•    L’évolution de la réglementation ;

•    L’évolution des comportements ;

•    L’évolution des technologies.

Les risques émergents ont toujours été un enjeu pour l’assurance car on n’assure bien que ce que l’on connaît bien. Mais l’histoire montre que ces nouveaux risques sont surtout une opportunité pour l’assurance car ils créent à la fois de la nouvelle matière assurable et accroissent le besoin des clients de s’en protéger.

L’évolution réglementaire est à la fois une nécessité et une difficulté potentielle. Nécessité car les engagements portés par l’assurance sont à la fois importants et longs. Il est donc logique que la société cherche à les réguler surtout lorsque les clients peuvent légitimement prétendre ne pas toujours être aptes à bien les comprendre. On peut sans doute se poser la question de savoir si la complexité qu’engendre la régulation va toujours dans le sens de l’assuré. On voit qu’elle peut aussi tarir l’appétit au risque des assureurs comme ce fut le cas il y a quelques années dans le domaine médical. Mais il s’agit là d’une autre histoire…

Cependant le facteur principal de changement réside surtout dans le couple évolution des comportements / évolution des technologies. Car les clients, mais aussi de manière plus étonnante les assureurs, ont parfois une approche assez autodestructrice de l’assurance.

Que les clients cherchent une indemnisation au premier euro de tout incident est compréhensible, d’autant plus dans notre société consumériste. Que les assureurs soient friands de cette assurance « service après-vente » peut certes s’expliquer par la volonté de croissance de leur activité… Ils devraient cependant savoir à quel point cette tendance inflationniste peut s’avérer fort dangereuse à terme.

Mais plus encore, ce sont surtout les risques de disparition de l’idée même de mutualisation des risques qui nous paraissent être dangereux. Plus individualistes, les clients « en veulent pour leur argent », comprennent de plus en plus difficilement de cotiser cinq ans, dix ans sans rien toucher en retour. Et nous pouvons comprendre qu’ils ne saisissent pas qu’il faut environ 10.000 voitures sans accident pour indemniser un seul sinistre corporel grave. Mais que dire des assureurs. L’analyse des données, le « big data », le « sophisticated pricing » sont aujourd’hui les ressorts principaux de l’amélioration de la rentabilité des assureurs. Cela reste vrai tant que cela permet de réunir un ensemble de risques suffisant pour que leur mutualisation puisse jouer. Et aussi tant que le rôle sociétal des assureurs continuera à être reconnu, c’est-à-dire tant que l’ensemble des risques raisonnables pourra continuer à trouver une couverture et sur un plan économique que le principe de mutualisation ne soit pas détruit.

Car pour en revenir aux fondamentaux, l’assurance est un jeu à somme nulle. Elle redistribue en indemnisation les cotisations qu’elle reçoit moins les frais de fonctionnement moins la mise en réserve ou la rémunération du capital…

Il est légitime pour le client de questionner les frais de fonctionnement de l’assurance comme de toute institution redistributrice comme les états, les ONG, etc… Il est moins légitime de chercher à retrouver systématiquement ses cotisations.
Il est de même légitime pour les assureurs de voir la prise de risque être rémunérée mais à la condition de rendre à la fois le service attendu aux clients individuellement et à la société dans son ensemble.

Donc plus réglementée, plus technologique, couvrant de nouveaux risques, répondant à la volonté des clients de plus de protection des personnes, l’assurance devra d’ici à 2030 poursuivre son évolution pour continuer à jouer son rôle sociétal d’aider les personnes et les entreprises à défier l’incertitude.

Elle en a les moyens mais n’échappera cependant pas à un débat beaucoup plus large sur la place de la solidarité dans un monde plus rapide, plus mondialisé et plus individualiste que jamais.

Elle devra aussi éviter les envies d’optimisation qui, pour des questions de taille ou de profit, pourraient remettre en cause ses fondements mêmes.

C’est pourquoi il faut encourager les assureurs à ne pas s’exonérer, à ne pas être passifs. Ils doivent jouer un rôle actif dans les débats sociétaux actuels que cela soit ceux de l’écologie, de l’éducation, de l’investissement social et de la protection sociale.

A cette condition, mais à cette condition seulement, l’assurance non seulement existera toujours en 2030, mais accélèrera sa croissance car économiquement et socialement utile.

 


Ecole Polytechnique, Universités de Paris V et de Paris VI, Patrick DIXNEUF commence sa carrière dans la recherche dans le domaine de l’intelligence. Il la poursuit dans le conseil puis dans la banque (BNP Paribas à Paris et à Londres). Il rejoint ensuite le secteur de l’assurance en 2000 d’abord chez AGF Allianz où il sera Directeur IARD Entreprises puis Directeur Financier à Paris et enfin Directeur des Opérations au siège à Münich. Il rejoint ensuite Aviva en 2011 tout d’abord comme Directeur Général d’Aviva Italie à Milan puis à la Direction Financière Groupe au siège à Londres. Il revient en France en novembre 2016 comme Directeur Général d’Aviva France.