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Être ou ne pas être... assuré en 2030


05/09/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

Être ou ne pas être... assuré en 2030 - Christian MAKAYA

Article de Christian MAKAYA, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

 

Les évolutions technologiques de la prochaine décennie devraient fortement impacter l’offre de produits et services d’assurances. Les objets connectés, l’intelligence artificielle, la réalité augmentée, l’analyse de données ou encore la robotisation, vont bouleverser les modes de distribution et de conception des produits, l’organisation des compagnies, ainsi que les relations entre les assureurs et leurs clients.  Il semble indéniable que ces innovations technologiques vont permettre de proposer une nouvelle « expérience utilisateurs » basée sur plus d’interactivité, de simplicité d’usages et de personnalisation des services.

Cependant, tout un chacun pourra-t-il accéder à ces services innovants ? Quid des « laissés-pour-compte du numérique » ?

Dans une étude publiée en septembre 2017, l’UFC Que Choisir mettait en avant des disparités territoriales criantes dans l’accès à un Internet de qualité, au profit des grands centres urbains. 11,1% des consommateurs (soit 7,5 millions de personnes) ne sont ainsi pas éligibles à un Internet de qualité et moins des deux tiers de la population des villes de 1000 habitants a accès à Internet dans de bonnes conditions (contre 86,8% des consommateurs dans les autres zones). Le déploiement de la fibre optique et du câble, prioritairement dans les grandes métropoles, tendant à accentuer ces inégalités. Selon l’étude, le déploiement des réseaux en fibre optique ne permettrait d’atteindre l’objectif de 100% de couverture de la population par le très haut débit… qu’en 2035 (et non en 2022 comme annoncé actuellement). À condition, bien entendu, que les pouvoirs publics aient la volonté et la capacité financière de maintenir ces efforts en matière de couverture haut-débit. Enfin, l’étude démontre que ces déploiements en très haut-débit s’accompagneraient en filigrane d’une hausse des tarifs des abonnements Internet. La fracture numérique a ainsi une composante certes territoriale, mais également économique. Tous les assurés auront-ils les moyens d’acquérir les sésames nécessaires à la souscription et surtout à la bonne gestion de leurs produits d’assurances (abonnement Internet, ordinateurs, laptops, smartphones, casques à réalité augmentée, capteurs connectés…) ? Et combien, d’ailleurs, auraient la capacité financière de souscrire à ces contrats d’assurances ? L’intelligence artificielle et les robots n’auront-ils pas pris leurs emplois dans les usines, les grandes surfaces, les bureaux ? Leur revenu universel, s’il existe, sera-t-il suffisant pour avoir accès aux produits et services d’assurances proposés ? Penser l’assurance de 2030, c’est peut-être aussi anticiper le scénario (catastrophe) de l’émergence d’une société à plusieurs vitesses et s’atteler à la constitution d’offres adaptées à chaque segment de marché dans une logique certes financière mais également humaine et sociétale, afin de permettre au plus grand nombre d’être assuré dans son quotidien. C’est également se préparer à ancrer l’inclusion sociale et numérique dans les actions de responsabilité sociétale et environnementale menées par tant de compagnies d’assurances aujourd’hui.

Dans un contexte de vieillissement croissant de la population mondiale, les enjeux de l’inclusion numérique sont également démographiques. En France, les 60 ans et plus devraient représenter 20 millions de personnes en 2030, contre 15 millions à l’heure actuelle. Et en 2030, l’Hexagone comptera 2,4 millions d’habitants âgés de 72 à 81 ans de plus qu’en 2015. Si les taux d’équipement des seniors progressent, leurs usages du numérique sont encore restreints. Ainsi, selon une étude du Cogedim Club, en 2016, 65% des seniors étaient connectés à Internet et utilisaient l’Internet principalement pour envoyer des emails (75% des seniors connectés), s’informer sur l’actualité du monde (70%) et se renseigner sur les produits et services (70%), et seuls 55% effectuaient des achats en ligne. Elément marquant de cette étude, les seniors qui se considéraient comme digitalisés se sentaient beaucoup moins seniors que leurs homologues.

Pour qu’ils jouissent un maximum de ces nouvelles expériences de consommation que proposeront les compagnies d’assurances et se sentent « homo numericus » à part entière, un accompagnement constant à ces nouveaux usages sera nécessaire. Comme l’écrivait le futurologue Alvin Toffler, « les analphabètes du 21ème siècle ne seront pas ceux qui ne savent ni lire, ni écrire. Ce seront ceux qui ne savent pas apprendre, désapprendre et réapprendre ». Au vu de l’évolution quasi-exponentielle des technologies, c’est cette capacité d’ « apprendre, désapprendre et réapprendre » qui sera primordiale pour permettre au plus grand nombre de tirer profit des nouvelles offres d’assurances. Il sera ainsi de la responsabilité des assureurs d’impulser de telles démarches de transmission de savoirs, savoir faire, savoir être, et même savoir transmettre (dans le cadre d’actions d’apprentissage pair à pair par exemple, tout à fait compatibles avec la démarche mutualiste, mutatis mutandis). Savoir, savoir faire, savoir être, savoir transmettre…. Ces termes sont surtout utilisés aujourd’hui dans le secteur de l’éducation et de la formation. Et si d’ici 2030 les assureurs devenaient des acteurs-clé des apprentissages ? Comme l’écrivait si bien Samuel Beckett au sujet de l’amour, « tout est possible, jusqu’à preuve du contraire, dans ce domaine »… et ce d’autant plus dans le contexte de changement civilisationnel que nous connaissons actuellement.

 

 


Christian MAKAYA est co-fondateur de Synapsacademy, la 1ère offre d'apprentissage tout au long de la vie dédiée au renforcement de l'agilité intellectuelle. Il a auparavant occupé des fonctions managériales dans l'enseignement supérieur (École Centrale Paris, Groupe IGS...). Diplômé en Télécommunication et passionné de technologies, Christian MAKAYA enseigne également la veille technologique, la gestion de projets innovants et le développement durable au sein de l'école d'ingénieurs EFREI Paris depuis 6 ans.