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Être assuré en 2030 : une assurance pour les algorithmes par des algorithmes ?


23/07/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

Être assuré en 2030 : une assurance pour les algorithmes par des algorithmes ? - Pascal DEMURGER

Article de Pascal DEMURGER, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

Presse, musique, distribution, transport de personnes… on ne compte plus les secteurs percutés par la rupture digitale. En comparaison, l’assurance apparaît presque étonnamment préservée des mutations en cours. Mais ne nous y trompons pas, ce calme apparent est bien celui d’une veillée d’arme. En 2030, l’assurance n’aura plus rien à voir avec ce qu’elle est aujourd’hui. S’il est une technologie qui illustre les enjeux auxquels sont confrontés les assureurs en matière de transformation numérique, c’est bien l’intelligence artificielle.

L’automatisation, dont on a longtemps cru qu’elle se limitait aux travaux physiques, s’attaque désormais aux fonctions cognitives de l’homme. Mais avec une différence de taille. Contrairement à la robotique d’hier, l’intelligence artificielle est très largement désincarnée. Là où d’importants investissements étaient nécessaires pour déployer un robot industriel, le coût marginal de l’intelligence artificielle est extrêmement faible. Pour n’importe quelle société de services, se priver d’une telle technologie n’est tout simplement pas une option. Ce serait aussi absurde, que d’avoir décidé de se priver de l’informatique il y a quelques décennies. Comme à l’époque, la menace d’une concurrence inégale avec les êtres humains n’est jamais très loin. J’ai la conviction que nous pouvons, cette fois encore, utiliser cette technologie non pas comme un substitut à nos collaborateurs, mais comme un outil pour les soulager et appuyer leurs capacités créatrices, un moyen d’en repousser les limites au bénéfice de nos clients. En 2030, l’homme ne sera pas remplacé par l’algorithme, mais son intervention sera concentrée, grâce à l’algorithme, précisément là où elle a le plus de valeur.

Aujourd’hui déjà, nous commençons à percevoir la valeur de la complémentarité entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle. A la MAIF, nous utilisons par exemple un outil permettant d’analyser en temps réel l’ensemble des contrats d’assurance du marché. Cela permet à nos conseillers de délivrer un conseil éclairé à nos clients sur les bénéfices à attendre d’un changement de contrat. C’est aussi un moyen de mettre en lumière les leviers d’amélioration de notre propre offre. Autre illustration, classique en matière d’assurance : la lutte contre la fraude. A défaut d’être capable d’identifier efficacement les fraudeurs éventuels, nous sommes contraintes d’imposer à l’ensemble de nos assurés des contrôles systématiques et parfois fastidieux. L’intelligence artificielle nous permet de nous placer dans une posture de confiance à priori vis-à-vis de nos clients, sans que la communauté n’ait à pâtir du comportement des quelques personnes qui chercheraient à profiter du système.  

Impactés dans leur propre mode de fonctionnement par l’intelligence artificielle, les assureurs le seront également au travers d’une évolution radicale du risque assuré. Il s’agit d’une évolution plus indirecte, mais non moins violente. En 2030, des voitures capables de conduire sur autoroute sans aucune intervention humaine seront déjà en circulation depuis quelques années. C’est à cette période que les premiers véhicules véritablement autonomes dans la plupart des conditions de circulation pourraient faire leur apparition sur les routes. Certes, des véhicules traditionnels resteront longtemps encore en circulation mais la bascule du parc pourrait être rapide sous l’impulsion des sociétés spécialisées dans le transport de personnes.

Qu’est-ce que cela signifie pour un assureur ? On estime que la généralisation des véhicules autonomes pourrait permettre d’éviter 80 à 90% des accidents de la circulation, dus aujourd’hui à des erreurs humaines. C’est une excellente nouvelle pour les citoyens que nous sommes, c’est aussi un immense défi pour un opérateur dont l’activité repose sur l’indemnisation et la gestion de sinistres automobiles.

Dans ce marché en pleine contraction, les règles du jeu pourraient très largement se transformer. Compte tenu du faible coût au kilomètre d’un véhicule sans chauffeur, l’utilisation de services de taxis autonomes devrait très significativement se développer. Dans les plus grandes villes, les usages pourraient privilégier l’usage de ces véhicules à leur propriété. Alors qui sera l’assuré en 2030 ? Le marché de l’assurance pourrait évoluer d’un marché aujourd’hui très largement B2C à un marché significativement B2B. Dans certains cas, les constructeurs automobiles pourraient même vouloir embarquer des garanties d’assurance lors de la commercialisation de leurs véhicules pour valoriser le haut niveau de sécurité qu’ils proposent.

Du fait de l’intelligence artificielle, être assuré en 2030 signifiera sans doute avoir un rapport plus rare avec son assureur, mais dans chaque moment de vérité, encore plus intense et humain.

 

 


Ancien élève de l’ENA, Pascal DEMURGER quitte la Direction du budget en 2002 pour rejoindre la MAIF. Il prend la direction du groupe en 2009. Il est par ailleurs vice-président de la Fédération Française de l’Assurance et président de l’Association des Assureurs Mutualistes.