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Être assuré en 2030 : autonomie et responsablisation pour un paradigme sociétal vertueux


01/09/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

Être assuré en 2030 : autonomie et responsabilisation pour un paradigme sociétal vertueux - Éric LAMOURET

Article d'Éric LAMOURET, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

 

Les exercices de prospective sont toujours délicats à mener, trop inventifs ou imaginatifs, ils peuvent être pris pour un simple délire fantasmagorique, trop proches de la réalité du moment, ils peuvent annihiler leur plus-value latente destinée à nous enthousiasmer avec raison.

Ce dont nous sommes certains, c’est que le monde de l’assurance avance à pas comptés, toujours solidement ancré à la notion de risque, mais un risque où l’assureur et les intermédiaires d’assurance sont plus dans l’observation pour tirer les leçons utiles à l’avenir que dans une véritable quête d’innovation pour se différencier dans un contexte de plus en plus réglementé qui peut figer les lignes, plutôt que de les bousculer utilement, comme s’y emploient les nouveaux entrants que sont les « assurtechs », ces structures qui digitalisent le secteur des assurances, avec des modes de fonctionnement aussi différents que leurs offres. Ils promettent aux futurs assurés, de demain matin et encore plus à ceux de 2030, toujours plus de simplicité dans la souscription des contrats d'assurance, plus de rapidité avec la garantie de tarifs transparents, maîtrisés et attractifs, en un mot, un spectre vertueux destiné à satisfaire aussi bien l’assuré, l’assureur que les distributeurs des offres, tous unis pour un monde meilleur.

L’assuré de 2030 aura la satisfaction de ne plus considérer son assureur comme un simple payeur mais comme un véritable partenaire ayant su évoluer vers l’agrégation de services, en s’appuyant sur le digital pour rendre l’assuré plus autonome et mieux répondre à ses attentes spécifiques. En agrégeant ainsi de nouveaux services, il en fait des vecteurs d’image et de développement commercial.
En partageant ses connaissances en matière de risque avec ses clients, l’assureur alignera d’autant mieux les intérêts de ses clients avec les siens, le système apprendra de lui-même, les services seront lancés d’autant plus rapidement dans l’optique de tester l’appétence des assurés de 2030 et de recueillir leurs avis pour nourrir un cercle continu d’amélioration. En sachant créer ce lien bénéfique, l’assuré de 2030 sera potentiellement moins volatile que ce que peut aujourd’hui laisser prévoir le développement des nouvelles technologies qui ont soudainement amélioré la position des consommateurs en accentuant leur sensibilité à l’augmentation des prix avec un impact direct sur une moindre fidélité.

Le paradoxe de l’assuré de 2030 sera sans doute qu’en le rendant plus autonome, on communiquera plus et mieux avec lui, on le fidélisera en lui donnant une importance dont on le prive aujourd’hui. Ainsi, un nombre croissant d’actes de gestion pourront être effectués directement par l’assuré, depuis son smartphone, sa tablette ou son ordinateur, avec à la clé le double bénéfice d’économies générées pour l’assureur, autant qu’un appréciable gain de liberté pour l’utilisateur, celui pouvant s’autoriser aisément de changer les modalités de sa garantie, la durée de celle-ci, se calant à loisir sur une valeur d’usage plutôt qu’une simple et coûteuse valeur de possession obsolète.

Si on entend dire que nous sommes aujourd'hui à 10 milliards d'objets connectés dans le monde et qu’il y en aura 100 milliards en 2022 et 1 000 milliards en 2030, la famille des objets connectés ne cessant de s’agrandir, cette prolifération ne fera sens pour l’assuré de 2030 que si on a su en faire autre chose que des simples gadgets pour geek compulsifs. Dans les faits, le taux d’adoption réel des objets connectés reste faible, à cause des freins réels à leur adoption par la grande masse de la population, en tête desquels la valeur ajoutée apportée non perçue par les consommateurs ainsi que des prix encore élevés. Pourtant, les opportunités liées à ces objets connectés sont réelles pour les assureurs dès aujourd’hui, et le seront d’autant plus en 2030. Parmi la quantité d’objets connectés existants, l’intérêt des assureurs se focalise sur trois catégories, au niveau de l’assurance automobile, la voiture connectée capable d’évaluer le style de conduite de l'assuré et les risques engendrés, au niveau de l’assurance habitation, la maison connectée en capacité d’alerter en cas d’intrusion, de fuite ou de court-circuit, et enfin au niveau de l’assurance santé, à travers le bracelet connecté capable de mesurer en continu l’état de santé d’un utilisateur et de l’inciter à adopter un meilleur comportement tant alimentaire qu’en matière d’activité, dans l’optique de limiter son risque de maladie ou d’accident.

Connaissant bien mieux leurs assurés en 2030 qu’aujourd’hui, en n’ayant cessé de collecter d’immenses quantités de données, les assureurs pourront analyser de façon plus fine et pertinente  les comportements et habitudes des utilisateurs, la segmentation des portefeuilles sera plus fine, les propositions d’offres mieux ciblées. Avec ces objets connectés, l’assureur gérera mieux ses risques, les informations précises communiquées en temps réel permettant d’anticiper la gestion des risques, via une connaissance accrue de la sinistralité et de son contexte, ce qui diminuera la fréquence et l’intensité des sinistres, en sachant opportunément activer l’assistance avant l’assurance, en jouant sur la prévention avant le curatif et sa conséquence banalement indemnitaire.

En 2030, l’assureur aura déplacé le centre de gravité de son business model, il aura su faire évoluer sa valeur ajoutée d’une simple gestion vers une prestation globale et qualitative au bénéfice d’un assuré respecté et donc coopératif, intégrant parfaitement la personnalisation du service à l’assuré, il sera passé d’un banal rôle d’indemnisation sans réel levier de différenciation à un rôle de prévention pour proposer toujours plus de nouveaux services et optimiser l’accompagnement de ses assurés, moyen de développer implicitement une relation de confiance continue.

Bien évidemment, l’assuré de 2030 sera conforté dans son rapport à l’assurance par une législation idoine garantissant une parfaite confidentialité des données récoltées, échangées, transmises, voire revendues et leur protection, pour lui éviter de devoir craindre les dangers potentiels d’une collecte massive de nombreuses données à caractère personnel le concernant, surtout si elle concerne sa santé, sujet sensible s’il en est.

Mais gardons les pieds sur terre, si l’assuré d’aujourd’hui doit composer de façon très terre à terre, avec une hausse modérée de son pouvoir d’achat et une augmentation des disparités de revenus autour de la moyenne, les assurés de 2030 continueront d’arbitrer, chacun en fonction de son propre système de valeur, tant éthique que financier, ne l’oublions jamais. De même, s’il y a une forte demande en faveur d’une personnalisation des offres pour les rapprocher au mieux des besoins réels et avérés des assurés, il faudra veiller à ne pas trop dériver en oubliant un peu vite qu’à force de personnalisation, si chacun paye sa propre couverture, il n’y aura potentiellement plus d’assurance en tant que telle ! De même, il est prudent de veiller à ne pas inverser les rôles, l’assureur pouvant passer du statut d’exploitant d’objets connectés aux bénéfices des assurés, à celui de simple sous-traitant au service du fabricant de ces objets, ce qui pourrait aboutir, si on y prend garde, à une monétisation outrancière et affairiste de tout le système, l’assuré n’étant plus au cœur d’un paradigme sociétal vertueux, mais bien le simple faire valoir d’intérêts bassement économiques, loin d’un équilibre de société basé sur des comportements plus responsables…

Mais loin de moi l’idée d’une telle conclusion anxiogène, ne bloquons pas l’enthousiasme des sains « disrupteurs », veillons juste à les accompagner intelligemment dans un cadre aussi flexible que responsabilisant.


Diplômé de l’ESC Bretagne, Éric LAMOURET a exercé des fonctions de direction commerciale puis Directeur Associé au sein de 3 compagnies d’assurances leaders du marché. Plus tard Directeur Général dans le monde du courtage, il était depuis 2010 Directeur Général Associé du pôle immobilier de l’entité directe du Groupe AXELLIANCE, 10ème groupe de courtage français, avant de prendre en charge mi-2014 le pôle immobilier de la structure grossiste AXELLIANCE SOLUTION. Éric LAMOURET est par ailleurs Président du Syndicat des Courtiers de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le SYCRA, et Président de l’Association Interprofessionnelle de l'Assurance Lyonnaise (AIAL).