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Être assuré en 2030


16/09/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

Être assuré en 2030 - André RENAUDIN

Article d'André RENAUDIN, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

 

2030. L’évocation de cette date nous projette dans un futur du « big data », du « tout digital » et d’un empire annoncé de « l’intelligence artificielle ». Il paraît bien probable que les modes de vie et de consommation changeront tout autant dans les 12 prochaines années que depuis le début du siècle. Rappelons que l’iPhone n’existait pas, que la moitié de la population française n’avait pas accès à internet et que Facebook allait s’ouvrir pour la première fois au monde en universalisant l’accès à sa plateforme.

Sous nos yeux, le monde a changé de visage, et cette mutation ne peut que s’accélérer sous l’impulsion de percées technologiques de plus en plus fréquentes qui viennent nourrir une dynamique globale de « progrès ». L’assurance, réalité séculaire ancrée dans nos sociétés comme un moyen de maîtriser les aléas auxquels les individus font face, n’échappe pas à cette évolution. De tout temps, les assureurs ont dû s’adapter, voire anticiper la réalité des risques et leur perception.

Qu’en sera-t-il en 2030 ? Que signifiera être assuré ? À quoi ressemblera la demande d’assurance ? Tentons quelques points de réflexion.

1. Être assuré en 2030

En 2030, les enfants dits de la génération Z (milieu des années 90 – fin des années 2000) seront dans la vie active. Le qualificatif même de «digital natives» qu’on aime leur attribuer démontre que l’appréhension des nouvelles technologies, l’interlocution et les relations digitalisées ou encore la réalité virtuelle, n’appartiennent plus au champ de l’acquis mais de l’inné. Dans cette course au tout digital, les plus grands acteurs de l’économie et les gouvernements investissent massivement dans le secteur de l’intelligence artificielle. Quelles en seront les conséquences pour l’assuré que je suis ?

Prenons l’exemple de la santé, grand sujet de préoccupation des Français, désigné par notre Gouvernement comme l’un des 6 chantiers prioritaires dans le domaine de l’intelligence artificielle. Il fait l’objet d’investissements colossaux de la part d’acteurs majeurs, à l’image de Google qui a récemment ouvert un centre de recherche fondamentale à Paris, ou encore Facebook qui a doublé le nombre de chercheurs dans son centre de recherche ouvert en 2015 et qui compte investir 10 millions d’euros supplémentaires d’ici 2022.

Les applications de l’intelligence artificielle, que ce soit dans le diagnostic ou le traitement médical, généreront des avancées considérables à une vitesse jamais atteinte dans l’histoire.

Le partage et l’analyse des données médicales tendront à améliorer significativement l’efficacité de traitement du patient dans une dynamique de soins toujours plus personnalisés, voire anticipés. Dans un avenir proche, les individus ne souhaiteront plus seulement être assurés dans une logique curative, ils souhaiteront être protégés dans une logique plus préventive, tout en étant rassurés sur ce qui les entoure. Dès lors, alors que l’assurance tend (hélas) à s’individualiser, deux tendances lourdes vont se développer :

  • D’une part, une tarification en rapport avec les risques identifiés ;
  • D’autre part, des mécanismes de modulation tarifaire pour les comportements à risques, d’autant plus décelables que nous serons cernés par les objets connectés.

Il est par ailleurs probable que la combinaison de l’intelligence artificielle et des objets connectés modifiera aussi les règles du jeu de la responsabilité civile. Que ce soit dans l’accident ferroviaire mortel d’ECKWERSHEIM ou celui de la voiture sans conducteur qui a tué une piétonne, les logiciels de conduite ont été mis en cause. Difficile d’imaginer que la responsabilité du programmeur d’une ligne litigieuse parmi des centaines de milliers soit recherchée ! Comme il faudra toujours indemniser les victimes, nul doute que de nouvelles règles modifieront le champ de la responsabilité et impliqueront la mise en œuvre de nouvelles garanties d’assurance.

Dans une telle projection transhumaniste, comment assurer demain le risque santé ?

2. Être assureur en 2030

Une telle évolution des besoins des individus et des collectifs implique une adaptation inévitable du métier d’assureur.

Face aux défis du digital et des nouveaux usages, il devra être en mesure de proposer des solutions numériques et mobiles qui apporteront au client de nouvelles modalités transactionnelles et relationnelles au bénéfice d’une expérience client optimisée. De plus, l’émergence des objets connectés et l’énorme source de données qu’ils génèrent, couplée à une maîtrise plus fine et pertinente du big data et à l’utilisation d’algorithmes conçus sur la base de l’intelligence artificielle, permettront d’anticiper et de réduire le risque, d’ajuster la tarification des contrats, et de proposer des solutions assurantielles de plus en plus personnalisées, en adéquation totale avec le profil de chacun.

Cependant, là encore, il faut être prudent car les dérives sont possibles. Une utilisation à mauvais escient de ces données pourrait engendrer une sélection accrue du risque. In fine, les « bons risques » trouveraient à s’assurer facilement là où les « mauvais risques » rencontreraient des difficultés, et ils se verraient sûrement proposer des tarifs très élevés. Chacun se souvient des débats relatifs aux jeunes conducteurs ou aux motards par exemple. Une telle situation fragiliserait les principes de mutualisation et de solidarité en assurance.

Au vu des mutations à venir, pour être en phase à horizon 2030, c’est l’essence même de l’offre d’assurance qui sera amenée à évoluer et toute la chaîne de valeur qui devra être réinventée. On peut d’ores et déjà constater l’émergence de nombreuses assurtechs. L’enjeu ? Imaginer de nouvelles solutions. En 2017, 2,29 milliards de dollars ont été investis dans le monde pour financer ces nouveaux acteurs (en augmentation de 36% par rapport à 2016). Assurance à bas prix (Alan), à la demande (Trov), communautaire (Inspeer) ou encore collaborative (Peercover) sont autant d’offres qui arrivent sur le marché aujourd’hui, et qui constituent les prémices de nouveaux usages et modes de vie de la société.


Au regard de cette projection, j’ai deux convictions.

Plus que jamais le métier d’assureur sera aussi nécessaire que passionnant : l’univers du risque est en expansion !

Et plus que jamais notre société aura besoin d’acteurs « traditionnels » de l’assurance guidés par l’intérêt général et soucieux de préserver la solidarité face à la montée en puissance de mécanismes d’individualisation et d’instantanéité. Rappelons que c’est le fondement de notre système de protection sociale, où paritarisme et mutualisme ont toute leur place.

Dans cet environnement qui tendra paradoxalement à s’uniformiser et à s’anonymiser, leurs valeurs sont, au fond, d’une incroyable modernité. À l’aube d’une ère où la technologie prend un visage qui paraîtrait déshumanisant, je suis convaincu que ce modèle trouvera un vrai écho.

 


Diplômé de l’École Polytechnique, André RENAUDIN débute sa carrière en tant que Commissaire Contrôleur des Assurances puis Conseiller Assurance au Cabinet du Ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Monsieur Pierre BÉRÉGOVOY. Il devient ensuite Directeur de l’international des Assurances Générales de France (AGF). En 1997, il est nommé Délégué général du Groupement des Assurances de Personnes (GAP) à la Fédération Française des Sociétés d’Assurance (FFSA) dont il est nommé Délégué général en 2001. Artisan du rapprochement entre AG2R et LA MONDIALE, puis avec Prémalliance, ViaSanté et Réunica, André RENAUDIN est depuis 2008 Directeur Général d’AG2R LA MONDIALE.