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Bienvenue dans le régime universel d'assurance santé !


18/07/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

          Bienvenue dans le régime universel d'assurance santé - Denis CAMPAGNA

Article de Denis CAMPAGNA, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

 

10 janvier 2030, 6H20 du matin, la sonnerie de mon mobile me réveille en sursaut. Inquiet, je consulte l’écran…

Ce n’est que la énième relance de mon assureur pour que je confirme ma ré-affiliation au Régime Universel de Sécurité sociale. J’entends un bougonnement exaspéré à côté de moi… C’est vrai que depuis 8 jours, c’est le même rituel tous les matins, mais… 10 minutes plus tôt chaque jour. Même en coupant le téléphone la veille au soir, pas moyen de bloquer la relance…

Depuis que la Sécurité sociale a unifié tous les régimes et pris en charge les garanties, assurées autrefois par les complémentaires (enfin les garanties hospitalières en tout cas…), les anciens assureurs santé sont devenus de simples prestataires recruteurs, qui sont chargés du renouvellement des affiliations individuelles aux contrats collectifs, souscrits par les employeurs auprès du Régime Universel. Il est vrai que c’est finalement le système le plus pertinent qui a été trouvé, après le grand bug DSN de 2020, pour tenir à jour la situation des bénéficiaires du salarié.

En complément, les anciens assureurs santé proposent à leurs clients des crédits revolving pour financer les dépenses d’optique et de dentaire, que plus personne ne voulait assurer… et des services d’accompagnement et de prévention.

En mettant en avant la mission d’intérêt général qu’ils remplissent en collectant ces renouvellements d’affiliations individuelles au Régime Universel, les anciens assureurs santé ont obtenu un accès prioritaire aux coordonnées mail et téléphone de l’ensemble de la population, avec pouvoir de contrainte… Bref, la force de la Loi et l’efficacité du marketing vont avoir raison de mon sommeil !

Alors c’est décidé, après trois semaines de procrastination, je craque et me prépare à valider mon renouvellement d’affiliation au Régime Universel. La procédure à suivre s’affiche immédiatement sur mon écran : une rapide photo de l’œil droit avec la caméra du téléphone, pour vérifier mon identité biométrique et ma fiche « assuré » apparaît.

Pour le bon ordre, l’application me demande tout d’abord de vérifier mon CV Santé de l’année écoulée. Tiens ! Même les résultats de l’analyse de sang que j’ai faite hier matin sont déjà répertoriés.

Il y a bien cette visite médicale du 18 mai dernier, dont je n’ai plus aucun souvenir… Qu’à cela ne tienne, je clique sur la ligne correspondante et j’accède au compte rendu du professionnel de santé que j’avais consulté alors. C’était l’infirmière de quartier que j’étais allé voir pour un mal de gorge. Elle m’avait fait une ordonnance pour un antalgique de palier 2 (dont la prescription peut, depuis le PLFSS 2021, être réalisée par du personnel diplômé d’un Master II en Infirmerie). Comme quatre jours plus tard, j’avais indiqué, suite à la relance automatique reçue sur mon portable, que les symptômes avaient totalement disparu, j’avais pu éviter une visite d’approfondissement et de contrôle chez mon médecin référent. Décidément, les bases de données de la Sécu sont plus performantes que ma mémoire !

Ne trouvant décidément rien à redire à ce fidèle résumé de mon parcours médical 2029, qui vient enrichir mon dossier personnel et… partagé (grâce à d’habiles interprétations du RGPD, validées par la CNIL), géré directement par le Régime Universel depuis 2026, je valide mon CV Santé. Cette simple action déclenche le moteur de calcul et l’apparition du message d’attente suivant : « Merci de patienter, nous sommes en train de calculer le montant de cotisation annuelle familiale 2030 restant à votre charge, après intégration des données de votre CV santé 2029 et prise en compte de la participation de votre employeur ».

Quelques micro secondes plus tard, le verdict tombe, implacable : « En fonction de votre état de santé sur les 36 derniers mois, de votre mode de vie, de vos antécédents familiaux et de vos revenus, le montant de la cotisation santé annuelle restant à votre charge en 2030 s’élève à 3 154,79€ pour vous et vos bénéficiaires déclarés ».

Aïe ! Je paie au prix fort ma prise de poids au cours de l’année écoulée et l’arrêt de mes séances hebdomadaires de natation. Depuis que j’ai accepté l’implantation d’une puce électronique dans l’avant bras (en échange d’une remise tarifaire, à vie, de 5%...), plus moyen de cacher ces évolutions physiques et comportementales au Régime Universel : la composante prévention de mon profil santé est en chute libre et les tarificateurs ne l’ont pas laissé passer ; notre cotisation familiale a été majorée de près de 300 euros par rapport à l’an passé…

Avant que j’aie le temps de me désespérer davantage en envisageant les coupes drastiques à pratiquer sur le budget loisirs, pour financer notre couverture santé, 3 pop up apparaissent sur mon écran.

Ils émanent de trois assureurs différents (une obligation imposée en 2021 par l’Autorité de la Concurrence à l’issue du bilan quinquennal de l’ANI Santé de 2016). Plus vraiment de différence entre eux, tous relèvent désormais du Code des Prestataires de Services d’Assurance à la Personne (PSAP), issu de la fusion des anciens Codes de l’Assurance, de la Mutualité et de la Sécurité sociale qui a eu lieu en 2022.

Un rapide coup d’œil sur ces sollicitations… spontanées qui, après analyse, ont en commun de me proposer de bénéficier d’un moratoire d’un an sur l’augmentation de ma cotisation santé, grâce à « un partenariat privilégié mis en place, à titre exclusif, avec le Régime Universel », en contrepartie de la souscription à une offre de service :

  • De coaching nutritionnel pour le premier,
  • De remise en forme, grâce à un programme de e-learning élaboré en partenariat avec un entraîneur sportif connu, pour le deuxième,
  • D’accompagnement en sortie d’hospitalisation, afin de nous aider à réduire nos séjours en hôpital ou en maison de convalescence, après une opération, pour le troisième.

Chacun de conclure par la mise en évidence de la substantielle économie (moratoire sur les 300 € d’augmentation au Régime Universel moins les frais de souscription au service proposé) que je peux réaliser, si je clique immédiatement sur le bouton situé au milieu de l’écran. Près de 200 € d’économie à réaliser,… il n’y a pas beaucoup à hésiter. Reste juste à choisir le service qui va me faire bénéficier de cet avantage inespéré…

Après avoir sacrifié par le passé aux sirènes de la diététique et du sport (sans trop de résultats, il est vrai), je me décide pour l’accompagnement sortie d’hospitalisation. Il faut dire que depuis que le Régime Universel a repris intégralement la main sur le remboursement des frais hospitaliers, la durée des séjours en hôpital et en maison de convalescence s’est considérablement réduite … Il vaut mieux avoir un bon dispositif d’accompagnement pour gérer des retours à domicile bien plus rapides qu’autrefois, sinon c’est un peu le système D...

Emballé par tant de sollicitude, je clique sur l’offre correspondante, avec la satisfaction de nous être offert une sécurité supplémentaire en cas de pépin, et pas mécontent d’avoir fait un choix si pertinent pour mon budget…


Denis CAMPAGNA

Directeur Délégué Associé de Simplifions Services

Denis CAMPAGNA est diplômé de l’ESCP Europe. Ancien Directeur du Développement de groupes paritaires et mutualistes, il est aujourd’hui dirigeant d’une entreprise spécialisée dans la fourniture de services médicalisés accélérant et sécurisant le retour à domicile des patients en sortie d’hospitalisation.