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2030 : Ce n'est pas demain


07/09/2018, Article du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA)

2030 : ce n'est pas demain - Luc MAYAUX

Article de Luc MAYAUX, extrait du Livre Blanc « Être assuré en 2030 ! » de l’École Polytechnique d’Assurances (EPA). Ce Livre Blanc est associé au :

 

Être assuré en 2030 : quel beau thème de réflexion… sauf peut-être pour l’auteur de ces lignes, contraint de se projeter dans l’avenir à un âge où l’exercice commence à devenir périlleux. Dans quel état sera-t-il dans treize ans ? Siégera-t-il toujours au conseil scientifique de l’École Polytechnique d’Assurances, occupé à écouter plus qu’à parler, à s’enrichir intellectuellement au contact de collègues devenus amis ? Ou son oraison funèbre aura-t-elle été prononcée depuis longtemps par les mêmes amis ? Pour être assuré, il faut d’abord être en vie. C’est le minimum requis. Il faut aussi avoir quelques biens et un semblant d’activité. Si je regarde mes contrats actuels, sans doute serai-je encore assuré pour mon automobile (devenue électrique et peut-être autonome), pour mon habitation (adaptée au grand âge : des annonces trop bien ciblées sur internet m’en font déjà la publicité). Mais aurai-je encore un contrat « Responsabilité civile professionnelle » pour mon activité de consultant ? Et qu’en sera-t-il de mon assurance « emprunteurs » souscrite récemment à l’occasion d’un investissement locatif ? J’aurai peut-être arrêté mon activité en même temps que mes cours à l’Université (si je suis saisi par la « tentation de Venise ») et mon logement aura peut-être été vendu depuis longtemps. Les assurances « emprunteurs » ont la vie dure… tant que dure le prêt. Et, depuis une réforme de cette année, tant que le contrat n’a pas été résilié et remplacé par un autre censé être plus avantageux.

Être assuré en 2030 : oui, mais pas forcément auprès du même assureur ! Quel sera l’état du marché dans treize ans ? Plus ouvert à la concurrence ou plus concentré autour de grands groupes ? Comment les contrats seront-ils distribués ? Par des hommes, distributeurs de profession (les agents, les courtiers, les banquiers… s’il y a encore des banques : gare à la blockchain !), ou d’occasion (les garagistes, nouveaux croisés de l’assurance) ? Par des machines, dont les conseils sont aussi lumineux que ceux de Séraphin Lampion ? Comment peut-on être conseillé par une machine ? Il n’y aura sans doute que l’autorité de contrôle (devenue européenne) pour le croire.

Mais peut-être toutes ces questions sont-elles vaines. Pour être assuré, en 2030, encore faut-il qu’il y ait encore des assureurs. Peut-être ceux-ci auront-ils été emportés par une tourmente financière ou par l’accumulation de catastrophes naturelles. Le nouveau climat n’est pas doux pour l’assureur. D’autres intervenants auront pu prendre la relève. L’assurance alternative avec ses produits financiers est plutôt une alternative à l’assurance. Entre la finance et l’assurance, faudra-t-il un jour choisir ? En tout cas, le métier risque d’évoluer : vers une externalisation de la gestion des contrats et des sinistres (simplifiée par le digital), l’assureur se recentrant sur le strict portage du risque. Ou, au contraire, l’assureur abandonnant au financier la couverture du risque pour devenir un assisteur, offrant des prestations en nature. La faute à qui ? Au Big Data qui tuerait l’assurance par sa connaissance trop fine du risque, qui dissiperait le mystère sans lequel elle ne saurait vivre ? Mais tout cela n’est-il pas de la poudre aux yeux, le mystère ne pouvant jamais être totalement dissipé ? C’est l’opinion d’un assureur de mes amis (polytechnicien de surcroît, donc a priori ouvert à la nouveauté) et il faut reconnaître que les dernières élections présidentielles n’ont pas vu le triomphe annoncé du Big Data sur les sondages classiques. Mais tout cela ne serait-il qu’une question de temps ? Et du temps, nous en disposons. 2030, ce n’est pas demain. Et fort heureusement ! Encore treize ans avant de sombrer dans le ridicule des prédictions hasardeuses !

 


Luc MAYAUX est professeur à l'Université Jean Moulin (Lyon III) où il a dirigé l'Institut des assurances de Lyon. Il est membre du Comité consultatif du secteur financier ainsi que du Comité consultatif de la législation et de la réglementation financière.
Il collabore à la Revue générale du droit des assurances, dont il est le directeur adjoint, ainsi qu'au Traité de droit des assurances (éditions LGDJ), sous la direction du professeur Jean BIGOT.